Le monde sous-marin de Sipadan

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Suite a notre séjour dans le Sultanat de Brunei, nous avons choisi de passer quelques jours sur l’ile de Labuan, le paradis du duty free (voir article précédent) afin de se relaxer après le trek, de faire un peu la fête et de célébrer l’anniversaire d’Anne-Marie. Nous étions dans l’un des rares logements abordables de l’ile, Jack’s Guesthouse. Jack est un hôte extrêmement généreux : nous avions régulièrement droit à des boissons et repas gratuits. Au fil des jours et des rencontres, nous décidons avec d’autres backpackers de partir sur l’ile voisine de Papau accompagnés de Jack et de son bateau, pour une après-midi de pêche. Malheureusement les gros poissons étaient en vacances et mis à part quelques petits gobis, nous n’avons pas eu l’occasion de faire marcher le barbecue.

Pêche à Labuan

Le soir nous nous sommes tous rendus dans un bar pour une séance de sport national malay : le karaoké. Durant plus de cinq heures et dans un délire total, on a passé en revue tous les classiques du rock et de la pop des années 1980 à 2000 ! Les deux jours suivants furent passés à organiser la suite de notre voyage et notamment les réservations de trains en Inde.

De retour à Kota Kinabalu, nous prenons un bus de nuit afin de rejoindre Semporna, dans le sud de Sabah, là où nous avons donné rendez-vous à Valentine et François, nos amis de Belgique qui débarquent après 3 semaines passées aux Philippines et nous accompagnerons pour un peu moins de 10 jours.

Quel bonheur pour Thomas de pouvoir parler et déconner en Français durant quelques jours. Les conneries et jeux d’enfants n’ont d’ailleurs pas tardé !

Promenade de Kota Kinabalu

Premiere étape du programme, rejoindre l’ile de Mabul sur laquelle nous passerons trois nuits comprenant 9 plongées, trois par jour, six autour des iles de Mabul et Kepalai et trois autour de l’ile de Sipadan, lieu mythique de la plongée, classé parmis les trois meilleurs sites de plongée au monde. Nous avons choisi de plonger avec le groupe Sipadan.com, un des opérateurs les moins chers (package à 1560RM soit un bon 400eur quand même par personne, tout compris : logement en chambre double, 3 repas par jour, plongées et équipement). La plongée à Sipadan est strictement limitée à 120 plongeurs par jour et requiert un permis qu’il est fortement recommandé d’arranger plusieurs semaines à l’avance (voire plusieurs mois en haute saison) sachant que la plupart des opérateurs requièrent deux jours de plongée autour de Mabul/Kepalai afin de garantir un jour de plongée à Sipadan. Les prix reflètent bien l’exclusivité de l’endroit : Comptez environ 25eur pour une plongée autour de Mabul et Kepalai,… 60eur pour une plongée autour de Sipadan ! 1eur la minute c’est loin d’être donné !

Mais le lieu est à la hauteur de sa réputation. J’y reviendrai plus tard dans l’article. Arrivés sur place, nous sommes accueillis par le staff et les divemasters/instructeurs. L’ambiance est plutôt relax. On nous dirige vers les chambres, basiques à souhait avec un lit double, un ventilo au-dessus du lit et des murs épais comme un iPad. L’électricité n’est disponible qu’entre 6h du soir et 6h du matin, permettant de recharger les batteries des appareils photos et de faire tourner le ventilo pendant la nuit.

La longue maison dans laquelle nous logeons se nomme Mabul Backpackers et est située aux abords du village de pêcheurs. Contraste saisissant entre d’un coté les bungalows sur pilotis des gros Resorts à 300eur la nuit tels que le SMART ou le Mabul Water Bungalows et leurs flots de riches Américains, Russes et Singapouriens, de l’autre la pauvreté des locaux dont les enfants viennent tous les jours devant la maison, assis sur leur pirogue, mendier de la nourriture ou de l’argent.

Enfants du village de pêcheurs

Une fois adolescents, ils sont bien souvent embauchés pour une misère par les différents clubs de plongée afin de faire partie du staff, soit en cuisine, soit sur le bateau ou pour préparer le matériel. Les plus chanceux passent leurs différents niveaux de plongée afin de devenir divemaster, pour accompagner et guider les touristes lors des plongées.
Pas de divemasters locaux pour nous, ca sera un mix entre un anglais, deux espagnols et une française.

La première plongée se passera autour de l’ile de Kepalai. Cette dernière ainsi que Mabul sont très prisées pour la macro, c’est à dire les petits organismes tels que des poissons, hippocampes pygmées, poissons crocodiles, poulpes, murènes nudibranches, etc… Certains plongeurs peuvent parfois passer une plongée entière à se concentrer sur une plante qui renferme un minuscule poisson de moins d’un centimètre de long. Bon à la base c’est pas vraiment notre truc à nous. On est plutôt là pour voir du gros : requins, tortues, poissons napoléons, barracudas, etc… Bref, ce qui fait la réputation de Sipadan.

Malgré tout, nos plongées sur Képalai et Mabul furent très intéressantes, dont les plongées sur les sites Paradise I et Lobster Wall où nous avons aperçu plusieurs grosses sèches, des homards, murènes, serpents de mer, tortues et bien évidemment de nombreux organismes plus petits tels que des nudibranches colorées et des seiche flamboyants ou crevettes mantis.

Nudibranche

Mais la raison principale de notre venue ici est bien entendu Sipadan. Le genre de plongée où l’on s’assure cinq fois de ne pas avoir oublié ses masques et ses palmes, voir son appareil photo ! Notre opérateur ne disposant pas directement de permis pour Sipadan, nous plongeons avec le groupe Uncle Chang. Départ à 8h du mat. L’ile est située à 45min de bateau de Mabul et est gardée par des militaires Malaisiens depuis plusieurs années en raison de pirates philippins qui avaient pris l’habitude de trainer dans les alentours et kidnappé un groupe de touristes allemands contre rançon. Depuis lors, il est interdit de résider sur l’ile mis à part pour quelques heures entre deux plongées.

Sipadan figure parmi les meilleurs sites de plongée au monde. C’est la seule île océanique de Malaisie, culminant à 600 mètres au dessus du fond marin et descendant jusqu’à 2000 mètres ! Elle s’est formée il y a plusieurs milliers d’années à partir de couches successives de coraux qui se sont déposés dans la cheminée d’un volcan endormi. Elle est située dans la mer des Célèbes, au cœur du bassin indopacifique, un des habitats marins les plus riches au monde. Plus de 3 000 espèces de poissons et des centaines d’espèces de coraux ont été répertoriés dans cet écosystème. Popularisée par le commandant Jacques Cousteau ayant tenu ces mots : “ J’ai vu quelques endroits comme Sipadan, il y a 45 ans mais plus maintenant. On a vraiment découvert une pièce d’art”

La visibilité est exceptionnelle, pouvant atteindre jusqu’ à 60m lors de certaines plongées. Comme c’est une zone protégée, sa faune et sa flore sont magnifiques et d’une variété inégalée.
Lors de la première plongée, à South Point, nous n’en revenions pas. La couleur ainsi que la transparence de l’eau sont hallucinantes. Directement après avoir enfilé le masque et mis la tête sous l’eau, nous sommes entourés de plusieurs requins, tortues, barracudas, napoléons et quantités d’autres poissons en tous genres.

Le temps de reprendre nos esprits et d’allumer la caméra, nous descendons jusqu’ à 30 mètres. La visibilité est toujours excellente mais ce qui impressionne le plus c’est ce mur énorme qui semble descendre à l’infini dans le bleu puis noir le plus obscur.

Apres la première plongée, nous remontons sur le bateau qui nous ramènera sur l’ile afin d’y prendre une collation (thé + biscuits). L’eau est bleue azur et on en profite pour faire quelques photos.

La deuxième plongée s’est passée tout aussi bien que la première. Toujours autant de requins et tortues, on a arrêté de les compter.

Apres avoir fait la pause lunch sur l’ile, nous partons pour la troisième et dernière plongée. Direction le site le plus mythique, Barracuda Point. Francois et Thomas supplient nos divemasters locaux Marc et Pisang de faire leur max pour trouver les barracudas. En effet, ceux-ci se déplacent en tornade par centaines (voire milliers) mais il faut avoir un gros brin de chance pour les apercevoir. Debout à l’avant du bateau, Pisang guette les mouvements dans l’eau. Plusieurs longues minutes passent, on croise tous les doigts. Tout à coup il crie : « go, go, go ». En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Francois et Thomas sont dans l’eau.

Ils sont là, à 3m de nous mais se déplacent rapidement. On essaie de se rapprocher afin de prendre quelques photos. C’est vraiment énorme. Deux minutes plus tard, ils sont partis. Nous nous retournons pour s’apercevoir qu’il n’y avait que nous. Les autres ont plongé trop tard. Heureusement, dix minutes plus tard nous recroisons la route des barracudas et tout le monde peut alors en profiter. A un moment, nous sommes quasiment au milieu de la tornade, c’est vraiment impressionnant car ils font tous entre 1m et 1,5m et on ne se sent pas totalement rassuré de voir ces centaines d’yeux fixés sur soi.

Ce fut une super journée où on en aura pris plein les yeux. Sipadan est vraiment à la hauteur de sa réputation, C’est très cher, mais ca vaut le coup. Apres si c’est un mauvais jour et qu’il a plu la veille par exemple, la visibilité est fortement alternée et ca peut être frustrant. On est tous satisfaits de l’avoir fait mais on n’y reviendra sans doute pas en raison du prix exorbitant à nos yeux. C’est surtout l’obligation de prendre un package tout compris qui est ennuyante. Ok Sipadan vaut ptêt son prix mais pour le reste (bouffe dégueu, logement ultra basique, électricité de 18h à minuit seulement et politique de prix exagérée) on repassera. Les patrons de Sipadan.com s’en mettent vraiment plein les poches sur le dos des touristes et du staff. D’après ce qu’on a pu voir, le rapport qualité/prix des prestations offertes par Uncle Chang ou Scuba Junkie pour ne citer qu’eux semblait bien supérieur à ce qui est offert par Sipadan.com pour un prix +/- identique.

On ne s’attendait évidemment pas à un cinq étoiles mais quand il n’y a pas de pain ni café le matin pour le ptit déj et qu’on part plonger le ventre vide sous prétexte que la patronne préfère attendre le ravitaillement par bateau arrivant à 10h00 plutôt que d’aller acheter un pain de mie à 1eur dans le village, on a le droit d’être mécontents. De même quand on est servi du poulet congelé tous les soirs alors que les pêcheurs locaux vendent crabes et autres poissons pour moins de 2eur pièce tous les jours.

Bref, heureusement que le coucher de soleil tous les soirs nous remontait le moral. Pareil pour la bouteille de Bordeaux ramenée par Francois et Valentine qu’on a ouverte pour fêter notre plongée à Sipadan ! Un régal, même dans des verres en plastique ! On a fini la soirée avec quelques verres de rhum brun, ce qui a suffit pour que Thomas et Francois fassent les cons.


Le dernier jour, nous allons faire un tour autour de l’ile afin de voir à quoi ressemblent les palaces où se côtoient les riches, les jeunes mariés et les plongeurs professionnels. Y a pas à dire, c’est la classe totale mais c’est choquant de voir cela à coté d’un village dont le revenu moyen familial est de 750RM/mois (soit moins de 200eur) !

Nous quittons l’ile en bateau vers 16h. Retour à Semporna où nous passerons la nuit avant de prendre le bus pour Sepilok le lendemain matin afin de rejoindre le camp d’Uncle Tan pour 3 jours et 2 nuits dans la jungle à la recherche des espèces protégées.

One thought on “Le monde sous-marin de Sipadan

  1. Énorme ! Tes photos donnent à chaque fois envie d’y être mais là c’est extrême :)

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